Les relations entre Cuba et les États-Unis ont occupé une place centrale dans l’intervention de Bruno Rodríguez Parrilla devant l’Assemblée générale des Nations unies. À la tribune de la 81ᵉ session, le ministre cubain des Affaires étrangères a dénoncé le renforcement de la pression américaine sur La Havane, en particulier les restrictions visant l’approvisionnement énergétique de l’île.

Son intervention intervient dans un contexte de forte tension entre les deux gouvernements, quelques jours après le discours de Donald Trump à l’ONU, au cours duquel le président américain avait annoncé que Washington maintiendrait une forte pression sur Cuba. La délégation cubaine avait quitté la salle pendant les remarques de Trump consacrées à l’île.
Un conflit diplomatique qui dure depuis plus de six décennies
Au cœur du différend se trouve l'embargo économique, commercial et financier américain contre Cuba, mis en place au début des années 1960 et maintenu depuis.
Pour La Havane, cette politique constitue un instrument de pression destiné à affaiblir l'économie cubaine et à provoquer des changements politiques. Bruno Rodríguez affirme que les mesures américaines portent atteinte au droit du peuple cubain à décider lui-même de son avenir.
Washington présente, de son côté, sa politique comme un moyen de faire pression sur le gouvernement cubain concernant les droits humains, les libertés politiques et la démocratie. Dans une intervention à l'ONU en 2025, la délégation américaine avait également soutenu que l'embargo relève de décisions souveraines des États-Unis et qu'il comporte des exceptions, notamment pour certaines exportations de produits alimentaires et médicaux.
Cette divergence fondamentale demeure au centre du conflit diplomatique entre les deux pays.
La nouvelle bataille autour du pétrole
Mais le discours de Bruno Rodríguez ne s'est pas limité au traditionnel débat sur l'embargo.
Le ministre cubain a surtout insisté sur ce qu'il présente comme un durcissement de la pression énergétique exercée contre Cuba.
Selon La Havane, les restrictions visant les cargaisons de carburant et les entreprises susceptibles d'approvisionner l'île aggravent les difficultés énergétiques du pays. Cuba affirme que les conséquences se font sentir sur la production d'électricité, les transports, les services essentiels et l'activité économique.
Rodríguez a ainsi décrit la situation comme un « blocus énergétique », allant jusqu'à la comparer à un blocus naval de fait. Il accuse Washington de chercher à provoquer une crise humanitaire suffisamment importante pour contraindre Cuba à modifier sa politique.
Ces affirmations correspondent à la position du gouvernement cubain et doivent être distinguées des qualifications juridiques internationales établies. Les États-Unis contestent notamment la présentation de leurs mesures comme un « blocus naval ».
La question des sanctions secondaires
Autre élément mis en avant par le ministre cubain : la pression exercée, selon La Havane, sur les entreprises et les gouvernements étrangers qui souhaitent commercer avec Cuba.
Cuba dénonce notamment l'utilisation de sanctions dites secondaires et de pressions diplomatiques qui, selon le gouvernement cubain, découragent certains acteurs internationaux de maintenir des relations commerciales avec l'île.
Le gouvernement cubain estime que cette pratique dépasse le cadre d'une simple relation bilatérale entre Washington et La Havane puisqu'elle aurait des conséquences sur les décisions d'entreprises et d'États tiers.
Cette question est particulièrement sensible pour Cuba, dont l'économie dépend fortement de ses relations commerciales et de son accès aux marchés et aux ressources énergétiques internationales.
Une condamnation largement soutenue à l'ONU
Le débat sur l'embargo américain ne se limite d'ailleurs pas aux deux gouvernements.
En octobre 2025, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une nouvelle résolution demandant la fin de l'embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. Le vote avait recueilli 165 voix pour, 7 contre et 12 abstentions. Les États-Unis figuraient parmi les pays ayant voté contre la résolution.
Ce vote ne constitue toutefois pas une décision juridiquement contraignante mettant fin à l'embargo. Il reflète la position exprimée par une large majorité des États membres de l'Assemblée générale.
Washington maintient ses propres arguments
Les États-Unis rejettent l'interprétation cubaine du conflit.
Washington affirme que sa politique vise notamment à exercer une pression sur les autorités cubaines et à favoriser les droits humains, les libertés politiques et la démocratie.
Dans une réponse prononcée à l'ONU en 2025, la délégation américaine avait déclaré que les sanctions étaient légales selon le droit américain et souligné que certaines exportations vers Cuba, notamment des produits agricoles et humanitaires, restaient autorisées. Elle avait également indiqué que l'embargo ne serait pas levé sans évolution politique à Cuba.
Le différend porte donc non seulement sur les sanctions elles-mêmes, mais aussi sur leur objectif : Cuba les présente comme une politique de coercition contre un État souverain ; Washington les présente comme un instrument de pression politique visant le gouvernement cubain.
Rodríguez laisse ouverte la porte du dialogue
Malgré la fermeté de son discours, Bruno Rodríguez n'a pas fermé la porte aux discussions avec Washington.
Le ministre cubain a affirmé que son gouvernement était prêt à dialoguer avec les États-Unis afin de rechercher des solutions aux différends bilatéraux.
Mais La Havane pose une condition : ce dialogue doit se dérouler sur la base de l'égalité souveraine et sans conditions préalables.
Cette déclaration intervient alors que Donald Trump a lui-même évoqué la possibilité d'un accord avec Cuba, tout en maintenant une forte pression sur le gouvernement cubain.
Une confrontation qui dépasse Cuba
À travers son intervention, Bruno Rodríguez cherche également à inscrire le conflit cubano-américain dans un débat plus large sur le fonctionnement de l'ordre international.
Pour Cuba, l'enjeu dépasse la seule relation avec Washington : il s'agit de savoir jusqu'où un État peut utiliser son poids économique et financier pour contraindre un autre État à modifier ses choix politiques.
Le ministre cubain présente ainsi le cas de Cuba comme un précédent susceptible, selon lui, de concerner d'autres pays soumis à des mesures coercitives unilatérales.
Cette argumentation avait déjà été développée par Rodríguez lors d'une réunion consacrée au droit au développement, où il avait dénoncé l'utilisation de mesures coercitives unilatérales et affirmé que le cas cubain pouvait avoir des implications pour d'autres pays en développement.
Un bras de fer qui se poursuit
À New York, le message de La Havane est donc clair : Cuba rejette le renforcement des sanctions américaines, dénonce les restrictions énergétiques et affirme ne pas vouloir renoncer à sa souveraineté.
Washington, de son côté, maintient que sa politique vise à exercer une pression sur les autorités cubaines et à favoriser des changements politiques.
Entre ces deux positions, le débat reste profondément politique et diplomatique.
Une chose est certaine : la question cubaine revient au premier plan de l'Assemblée générale de l'ONU, avec un nouvel élément particulièrement sensible — la bataille autour de l'énergie — qui pourrait peser lourdement sur les relations entre Washington et La Havane dans les prochains mois.