Dossier Jovenel Moïse : la justice haïtienne poignardée

Cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, le dossier continue de mettre à rude épreuve la justice haïtienne. 

Me Vital NICOLAS, Av
Défenseur des Droits Humains 


Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Jovenel Moïse a été assassiné dans sa résidence privée à Pèlerin 5. Depuis, l’enquête haïtienne a connu des changements de juges, des retards, des difficultés sécuritaires et de multiples rebondissements judiciaires.

Le développement le plus récent est particulièrement significatif : dix-huit personnes détenues en Haïti dans le cadre de cette affaire ont été transférées aux États-Unis pour y être poursuivies. Les autorités américaines affirment vouloir poursuivre les investigations afin d'identifier les personnes qui auraient financé, facilité ou participé au complot.

Cette évolution soulève une question fondamentale : que reste-t-il de la capacité de la justice haïtienne à juger elle-même les grandes affaires criminelles qui touchent l’État et la société ?

Le constat est préoccupant. Le ministre haïtien de la Justice, Patrick Pelissier, a reconnu que la procédure haïtienne avait été confrontée à d'importantes difficultés et qu'après cinq années, aucun procès n'avait encore été tenu en Haïti dans cette affaire.

Pour autant, le dossier haïtien n'est pas juridiquement fermé. En 2026, la Cour d'appel de Port-au-Prince a poursuivi les investigations à travers un supplément d'information et plusieurs convocations.

Les 17 colombiens et le suspect clé dans cet acte odieux, Félix Badio, détenus en Haïti ont été transférés aux États-Unis pour être jugés ce que le ministre de la Justice appelle "coopération judiciaire". Une action qui piétine la justice haïtienne en mettant fin aux différents travaux entamés par les juges haïtiens.

L'enjeu dépasse donc la seule personne de Jovenel Moïse. Il concerne la crédibilité de l'institution judiciaire, le droit des victimes à la vérité et à la justice, ainsi que la capacité de l'État haïtien à conduire des enquêtes complexes jusqu'à leur terme.

Le fait que des procédures aient progressé aux États-Unis alors que le procès n'a pas encore eu lieu en Haïti constitue un élément important du débat sur l'état de la justice haïtienne. En mai 2026, un jury fédéral américain a d'ailleurs condamné quatre personnes pour leur rôle dans le complot ayant conduit à l'assassinat du président haïtien.

La justice haïtienne est-elle véritablement poignardée ?

Cette formule traduit une profonde inquiétude sur l'état de l'appareil judiciaire. Les faits établis montrent surtout une justice confrontée à des obstacles considérables : insécurité, menaces contre des magistrats, difficultés institutionnelles et absence, à ce jour, de procès en Haïti.

La vérité sur l'assassinat de Jovenel Moïse demeure donc une exigence judiciaire et nationale. Pour les familles des victimes comme pour la société haïtienne, l'enjeu ultime reste le même : établir les responsabilités sur la base des preuves et garantir une justice indépendante, crédible et accessible.


Principal FM

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