Les services du Fonds monétaire international (FMI) et les autorités haïtiennes sont parvenus à un accord au niveau des services à l’issue d’une mission à distance consacrée à la quatrième revue du programme de référence d’Haïti. L’accord reste toutefois soumis à l’approbation de la direction du FMI.
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| FMI et Haïti/ rencontre |
La mission, conduite du 14 au 25 septembre 2026 par une équipe dirigée par Camilo E. Tovar, a porté sur les progrès réalisés par les autorités haïtiennes dans la mise en œuvre de leur programme économique.
Une économie toujours sous forte pression
Selon le FMI, Haïti continue d’évoluer dans un environnement particulièrement difficile, marqué par l’insécurité, une situation humanitaire précaire, la fragilité de la transition politique et des perspectives économiques limitées.
L’activité économique devrait enregistrer une huitième année consécutive de contraction en 2026. L’insécurité, la hausse des prix du pétrole ainsi que les faibles perspectives d’exportation dans les secteurs du textile et de l’habillement continuent de peser sur l’économie.
Le FMI relève toutefois un ralentissement important de l’inflation. Celle-ci devrait atteindre environ 16 % en glissement annuel au cours de l’exercice 2026, contre un pic de plus de 32 % enregistré en octobre 2025.
Les objectifs du programme globalement respectés
À fin juin 2026, les autorités haïtiennes avaient atteint l’ensemble des objectifs quantitatifs et indicatifs du programme, à l’exception de l’objectif continu concernant la non-accumulation d’arriérés extérieurs.
Ces arriérés, explique le FMI, se sont accumulés temporairement en raison de contraintes administratives et de capacités, avant d’être rapidement apurés.
Les réserves internationales nettes s’élevaient à environ 1,9 milliard de dollars américains à fin juin 2026, soit un niveau supérieur au plancher fixé par le programme. Le plafond concernant le financement du secteur public non financier par la banque centrale a également été respecté.
Le programme de réformes structurelles progresse malgré certains retards liés notamment aux contraintes de capacités et à un environnement opérationnel particulièrement difficile.
L’insécurité demeure un facteur majeur de risque
Le FMI souligne que la crise sécuritaire continue d’affecter directement l’activité économique et la fourniture des services essentiels à la population.
L’organisation estime que les perspectives économiques restent étroitement liées à l’évolution de la situation sécuritaire et au processus politique. Le déroulement du processus électoral dépendra notamment d’une amélioration des conditions de sécurité, d’un financement adéquat et du maintien de l’appui international.
Le déploiement de la Force de répression des gangs est toutefois présenté comme un élément ayant suscité l’espoir d’une amélioration progressive de la situation sécuritaire.
Des réserves internationales jugées adéquates
Sur le plan extérieur, le FMI estime que la position d’Haïti continue de bénéficier de la vigueur des transferts privés sans contrepartie et d’un niveau suffisant de réserves internationales.
Les réserves internationales brutes représentent environ sept mois d’importations projetées, selon les estimations communiquées à l’issue de la mission.
Le Fonds met néanmoins en garde contre les effets d’une hausse prolongée du coût des importations de carburants, susceptible d’accroître les vulnérabilités du secteur extérieur.
La fin du Temporary Protected Status (TPS) accordé à certains ressortissants haïtiens aux États-Unis constitue également, selon le FMI, un risque pour les transferts privés et pourrait accentuer les vulnérabilités économiques et humanitaires.
Le FMI appelle à renforcer les recettes publiques
La situation budgétaire demeure particulièrement tendue en raison du faible niveau des recettes publiques, de la hausse du coût du pétrole et des besoins urgents dans les secteurs de la sécurité, de l’aide humanitaire et du développement.
Pour dégager davantage de ressources en faveur des dépenses prioritaires, le FMI préconise notamment une amélioration de la mobilisation des recettes, la modernisation des administrations fiscale et douanière ainsi qu’une meilleure planification des dépenses publiques.
L’entrée en vigueur du nouveau Code fiscal, prévue le 1er octobre 2026, est présentée comme une étape importante de la réforme fiscale haïtienne.
Gouvernance, lutte contre la corruption et justice financière
Le renforcement de la gouvernance et de l’intégrité financière figure également parmi les priorités du programme.
Le FMI estime notamment nécessaire de rendre opérationnelles les chambres judiciaires récemment créées pour traiter les crimes financiers complexes et les crimes de masse.
L’organisation insiste également sur la lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux et la criminalité organisée, ainsi que sur le renforcement de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF).
Une plus grande transparence concernant les bénéficiaires effectifs des entreprises, une meilleure coopération entre les institutions et une amélioration de la traçabilité et du recouvrement des actifs sont également mises en avant.
La BRH appelée à préserver la stabilité monétaire
Le FMI souligne par ailleurs l’importance de préserver la confiance dans le dispositif de politique monétaire et le taux de change.
La Banque de la République d’Haïti (BRH) demeure engagée, selon le Fonds, à préserver la stabilité des prix et du taux de change ainsi qu’un niveau adéquat de réserves internationales.
Le FMI recommande également de poursuivre les efforts visant à renforcer la gestion des réserves, les contrôles internes, la gouvernance des décisions de placement, la sécurité informatique et la continuité des opérations de la banque centrale.
Des risques importants pour les perspectives
Le FMI considère que les risques pesant sur les perspectives économiques sont « plutôt mitigés ».
Parmi les risques négatifs figurent une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire, une hausse des cours du pétrole, les effets différés des augmentations des prix des carburants et du salaire minimum, ainsi qu’un éventuel affaiblissement des transferts privés lié à la fin du TPS.
Une éventuelle sécheresse associée au phénomène El Niño constitue également un risque pour l'économie.
À l’inverse, une baisse des prix du pétrole, des progrès plus importants en matière de sécurité et un processus électoral se déroulant sans heurts pourraient contribuer à réduire l’incertitude et à soutenir une reprise économique plus forte.
Le FMI insiste sur l’appui international
Face à l’ampleur des besoins du pays, le Fonds appelle les partenaires internationaux à maintenir leur soutien à Haïti, notamment sous forme de dons et de financements concessionnels.
Selon le FMI, une aide extérieure fournie en temps opportun permettrait de répondre aux besoins humanitaires, sécuritaires et de développement, tout en soutenant les réformes institutionnelles et en préservant la viabilité de la dette.
La mission du FMI s’est entretenue notamment avec Serge Gabriel Collin, ministre de l’Économie et des Finances, Ronald Gabriel, gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, ainsi qu’avec plusieurs hauts responsables de l’administration haïtienne.
L’accord conclu au niveau des services constitue une nouvelle étape dans le suivi du programme de référence. Sa mise en œuvre reste toutefois conditionnée à l’approbation de la direction du FMI.
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