Fort Gary : dans les hauteurs de Petit-Goâve, un vestige oublié de l’histoire d’Haïti

Il faut quitter l’agitation de la ville, prendre de la hauteur et suivre les chemins escarpés qui serpentent dans les montagnes pour approcher l’un des témoins les plus discrets de l’histoire de Petit-Goâve.

Fort Gary un site historique abonné / Principal FM 

Là-haut, dans la région de Bellevue, se trouve Fort Gary, connu également sous l’appellation de Fort Garit dans les documents patrimoniaux. L’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) le répertorie parmi les fortifications historiques d’Haïti. 

Aujourd’hui, son nom est beaucoup moins connu que celui de la Citadelle Henry, du Fort Jacques ou d’autres grandes fortifications haïtiennes. Pourtant, derrière les pierres et les vestiges qui subsistent se raconte une partie de l’histoire militaire du pays.

Une montagne, une position stratégique

Fort Gary n’a pas été installé au hasard.

Selon un récit historique consacré au site, la zone de Bellevue, située à une vingtaine de kilomètres de Petit-Goâve, occupait une position stratégique dans les montagnes. Son emplacement permettait notamment de contrôler les passages entre plusieurs régions.

Cette position explique probablement pourquoi les hauteurs de Petit-Goâve ont attiré, à différentes périodes, ceux qui cherchaient à contrôler ou à défendre le territoire.

Petit-Goâve elle-même possède une longue histoire militaire. Des vestiges de fortifications existent encore dans la ville et plusieurs forts ont été établis sur les mornes environnants, dont Fort Garit et Fort Liberté. 

Des traces avant même l’État haïtien

L’histoire racontée autour de Fort Gary ne commence pas uniquement avec l’Indépendance.

Un article publié par Le National évoque la présence ancienne de populations amérindiennes dans cette région montagneuse et rapporte la découverte de vestiges de poteries qui seraient associés à cette occupation ancienne. Le même récit évoque ensuite le passage des Espagnols et des Français dans la région. 

Ces éléments doivent toutefois être replacés dans leur contexte historique et confrontés à des recherches archéologiques plus approfondies.

Ce qui semble davantage établi, en revanche, c’est l’importance stratégique des hauteurs de Petit-Goâve.

De la défense de la colonie à la défense de l’Haïti indépendante

À l’époque coloniale, les hauteurs autour de Petit-Goâve ont été considérées comme des positions permettant de protéger la ville.

Puis, après la proclamation de l’Indépendance en 1804, le nouvel État haïtien entreprend la construction et l'organisation d'un vaste réseau de fortifications.

L’ISPAN explique que les militaires haïtiens ont alors placé le fort Garit au-dessus de Petit-Goâve, aux côtés d’autres ouvrages construits pour renforcer la défense du territoire. 

Le nom Fort Garit apparaît d’ailleurs officiellement dans la liste des fortifications haïtiennes publiée par l’ISPAN. 

1799 : les montagnes de Petit-Goâve au cœur du conflit

L’histoire militaire de la région remonte toutefois à la période révolutionnaire.

En 1799, pendant la guerre civile qui oppose les forces d’André Rigaud à celles de Toussaint Louverture, Petit-Goâve devient un théâtre important du conflit.

Une source historique rapporte que, le 18 juin 1799, André Rigaud se rend à Petit-Goâve avec ses troupes et attaque le fort Garit, où se trouvait une garnison commandée par Laplume. 

Cette référence montre que le site occupait déjà une place dans les affrontements militaires qui ont marqué les dernières années de la période révolutionnaire.

Une forteresse construite dans des conditions difficiles

L’un des récits les plus évocateurs consacrés à Fort Gary décrit les difficultés liées à la construction de l’ouvrage.

Dans les montagnes, il fallait ouvrir des passages, couper des arbres, extraire et transporter des pierres et faire progresser les pièces d’artillerie sur des chemins particulièrement difficiles.

Le récit rapporte même qu’un canon destiné au fort aurait été abandonné en chemin. Le lieu où il aurait été laissé aurait ensuite été appelé « Dèyè twou kanno », expression qui serait restée dans la toponymie locale. 

Ces récits appartiennent en partie à la mémoire historique et populaire du site et mériteraient d’être confrontés à des archives et à des recherches de terrain.

Paysage de Fort Gary 

Fort Gary, Fort Garit : une question de nom

Pourquoi parle-t-on de Fort Gary, alors que l’ISPAN utilise le nom Fort Garit ?

La question n’est pas anodine.

Les deux appellations apparaissent dans différentes sources. Un travail consacré à la mémoire de Petit-Goâve utilise « Fort-Gary », tandis que l’ISPAN répertorie officiellement « Fort Garit ». 

Une autre source consacrée à l’histoire locale mentionne même la forme « Fort Cari », utilisée par des habitants, tout en signalant que le nom Fort Gary apparaît ailleurs. 

Cette diversité des appellations montre l’importance d’un travail historique permettant de documenter précisément l'origine et l'évolution du nom.

Un patrimoine perché dans les montagnes

Fort Gary n'est pas seulement une ancienne position militaire.

C’est aussi un paysage.

Depuis les hauteurs de Bellevue, le site offre offre  des perspectives sur plusieurs départements du pays se situe dans l’habitation Lefort, 7e section communale Platons, et décrit son emplacement comme offrant une vue sur l’Ouest, le Sud-Est, le Sud et les Nippes. 

La montagne, les sentiers, les vestiges et la mémoire du lieu constituent ainsi un ensemble patrimonial qui dépasse la seule fortification.

Un patrimoine encore trop peu connu

C’est peut-être là tout le paradoxe de Fort Gary.

Le site figure dans la documentation patrimoniale consacrée aux fortifications haïtiennes. Il apparaît également dans des récits historiques et dans des publications consacrées au potentiel touristique de Petit-Goâve. 

Mais son histoire reste largement méconnue du grand public.

À l’heure où Haïti cherche à préserver les traces de son passé, Fort Gary pose donc une question fondamentale : que faisons-nous de ces lieux qui racontent l’histoire du pays, mais qui restent éloignés des grands circuits touristiques et culturels ?

Préserver avant qu’il ne soit trop tard

La conservation d’un site comme Fort Gary ne concerne pas uniquement les historiens.

Elle concerne également les habitants de Petit-Goâve, les autorités locales, les institutions patrimoniales, les chercheurs, les enseignants et les acteurs du tourisme culturel.

Avant de parler d’exploitation touristique, il faudrait d’abord documenter précisément le site, établir son état de conservation, protéger ses vestiges et recueillir la mémoire des communautés qui vivent autour de lui.

Car une fois les pierres disparues, les récits deviennent plus difficiles à vérifier. Et lorsqu’une génération disparaît, une partie de la mémoire orale peut disparaître avec elle.

Fort Garit ou fort Gary 

Fort Gary, une histoire qui attend d’être racontée

Dans les hauteurs de Petit-Goâve, le vent passe aujourd’hui sur un lieu qui fut autrefois associé à la défense et aux conflits qui ont marqué l’histoire de la région.

Les canons se sont tus.

Les soldats ont disparu.

Les chemins ont changé.

Mais la montagne est toujours là.

Et avec elle, les vestiges de Fort Gary.

Son histoire reste à approfondir, à documenter et à transmettre. Car derrière ce nom — Gary, Garit ou Cari selon les sources — se trouve un morceau du passé de Petit-Goâve et une page de l’histoire militaire d’Haïti.

Fort Gary n’est donc pas seulement une vieille fortification perdue dans les montagnes. C’est un lieu de mémoire qui rappelle que l’histoire d’Haïti ne se trouve pas uniquement dans les livres ou dans les grandes citadelles : elle est aussi inscrite dans les pierres, les montagnes et les chemins oubliés du pays.

PRINCIPAL FM 

Par : Vital NICOLAS 

radioprincipalfm1@gmail.com 


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