Haïti : l’OCNH exige un moratoire sur les expulsions de migrants haïtiens des États-Unis

Face à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire en Haïti, l’Organisation des citoyens pour une nouvelle Haïti (OCNH) demande aux autorités américaines de suspendre les renvois de ressortissants haïtiens. L’organisation dénonce notamment des irrégularités présumées dans certaines procédures migratoires, la restitution insuffisante des documents d’identité et les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes expulsées à leur retour au pays.

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Port-au-Prince, 15 octobre 2026. — L’Organisation des citoyens pour une nouvelle Haïti (OCNH) hausse le ton face à la poursuite des renvois de ressortissants haïtiens depuis les États-Unis. Dans une note de plaidoyer publiée le mercredi 14 octobre 2026, cette organisation de défense des droits humains réclame l’instauration d’un moratoire humanitaire sur les vols de retour vers Haïti, estimant que les conditions actuelles dans le pays exposent les personnes expulsées à des risques importants.

Intitulée « Retours de ressortissants haïtiens depuis les États-Unis : pour le respect des obligations internationales de protection et de dignité », cette note appelle les autorités américaines et haïtiennes, ainsi que les agences des Nations unies et les partenaires internationaux, à prendre des mesures urgentes pour garantir le respect des droits fondamentaux des migrants haïtiens.

Pour l’OCNH, la question ne se limite pas au retour des ressortissants sur le territoire national. Elle concerne également les conditions dans lesquelles les procédures d’expulsion sont menées, la protection des personnes vulnérables et les moyens mis à leur disposition pour faciliter leur réinsertion.

Des préoccupations soulevées après l’arrivée de 88 ressortissants haïtiens

Pour étayer ses recommandations, l’OCNH s’appuie notamment sur les observations effectuées le 1er octobre 2026 à l’aéroport international du Cap-Haïtien, lors de l’arrivée d’un vol transportant 88 ressortissants haïtiens en provenance des États-Unis.

Selon l’organisation, plusieurs situations préoccupantes ont été relevées au cours de ce suivi, notamment des cas présumés de renvoi de personnes dont les procédures de demande d’asile n’étaient pas achevées.

L’OCNH évoque également des décisions rendues par défaut dans certaines affaires d’immigration, ainsi que des renonciations à des voies de recours qui seraient intervenues après des périodes prolongées de détention administrative, parfois supérieures à douze mois.

Ces éléments soulèvent des interrogations sur l’accès effectif des personnes concernées à l’information juridique, à l’assistance d’un avocat et aux mécanismes leur permettant de contester une décision d’éloignement.

Il convient toutefois de préciser que ces constats sont rapportés par l’OCNH dans sa note de plaidoyer. Chaque situation individuelle doit être examinée à partir des documents et des décisions correspondant au dossier migratoire concerné.

L’OCNH demande la suspension des renvois à caractère humanitaire

Face aux préoccupations soulevées, l’organisation réclame un moratoire humanitaire sur les vols de retour vers Haïti.

Elle demande, à défaut d’une suspension générale, que les autorités américaines interrompent les renvois des personnes dont les procédures d’asile sont toujours en cours, jusqu’à la finalisation de leur dossier conformément aux garanties applicables.

L’OCNH insiste également sur la nécessité de garantir aux migrants un accès réel aux voies de recours et de s’assurer que les décisions d’éloignement sont prises dans le respect des procédures prévues par le droit applicable.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte où les organisations de défense des droits humains expriment des préoccupations croissantes concernant la sécurité des personnes renvoyées vers Haïti.

Dans un rapport publié le 21 septembre 2026, Human Rights Watch avait déjà appelé les autorités américaines à mettre fin aux expulsions vers Haïti tant que les conditions générales dans le pays rendent les retours dangereux. L’organisation avait notamment évoqué les risques liés à la violence, les insuffisances des structures d’accueil et les difficultés de réinsertion des personnes expulsées.

Selon les informations communiquées à Human Rights Watch par l’Office national de la migration, plus de 450 personnes avaient été expulsées des États-Unis vers Haïti depuis juillet 2026 à la date de publication de son rapport.

Des migrants qui arrivent parfois sans leurs documents d’identité

Au-delà des procédures d’expulsion, l’OCNH attire l’attention sur un autre problème : la restitution des documents personnels aux ressortissants haïtiens renvoyés dans leur pays.

D’après son observation, certains migrants arrivent en Haïti sans leurs pièces d’identité, leurs passeports ou leurs actes de naissance, des documents qui auraient été conservés lors de leur arrestation ou de leur rétention aux États-Unis.

Cette situation peut compliquer leurs démarches administratives, leur identification auprès des services publics et leur accès à différents mécanismes d’assistance.

L’organisation recommande donc la mise en place d’un mécanisme garantissant la restitution systématique des documents d’identité aux personnes concernées ou, lorsque cela est approprié, leur transmission aux autorités haïtiennes compétentes.

Elle préconise également l’installation d’un guichet mobile de l’Office national d’identification dans les aéroports accueillant les vols de retour. Cette mesure permettrait d’accompagner les personnes dépourvues de documents et de faciliter leurs démarches pour obtenir des pièces d’identité.

Une aide de 25 000 gourdes jugée insuffisante pour certains déplacements

La prise en charge financière des ressortissants renvoyés constitue une autre préoccupation majeure de l’OCNH.

Selon les informations rapportées par l’organisation, l’Office national de la migration accorde une allocation individuelle de 25 000 gourdes aux personnes retournées afin de contribuer à leur transport vers leur ville d’origine.

Toutefois, l’OCNH estime que ce montant uniforme ne tient pas suffisamment compte des différences de distance et des coûts de déplacement entre les départements géographiques du pays.

Si cette allocation peut faciliter le retour des personnes originaires du Nord et des régions voisines, elle risque de ne pas couvrir les dépenses nécessaires pour rejoindre des départements plus éloignés, notamment le Sud, la Grand’Anse, les Nippes et le Sud-Est.

Dans ces conditions, certains ressortissants pourraient se retrouver en difficulté au Cap-Haïtien ou sur leur trajet vers leur destination finale.

L’organisation recommande donc d'adapter l'aide financière à la distance à parcourir. Elle propose également d'envisager des solutions de transport collectif pour les personnes qui doivent rejoindre des régions éloignées.

L'objectif est d'éviter que des ressortissants récemment expulsés, parfois privés de ressources suffisantes, ne soient laissés à eux-mêmes après leur arrivée sur le territoire national.

L’ONM met en avant son dispositif d’accueil et d’assistance

De son côté, l’Office national de la migration affirme avoir mis en place un dispositif d’accueil et d’accompagnement des ressortissants haïtiens rapatriés des États-Unis.

Dans une note de presse publiée à la suite de l'arrivée du huitième contingent, le 8 octobre 2026, l'ONM indique avoir pris en charge 72 personnes à l'aéroport international du Cap-Haïtien.

Selon l'institution, l'assistance proposée comprend notamment l'enregistrement et l'orientation des arrivants, l'octroi d'une allocation individuelle de 25 000 gourdes, la distribution de repas et d'eau, l'assistance médicale, le soutien psychosocial et le transport.

L'ONM mentionne également la possibilité d'un hébergement à l'hôtel selon les besoins identifiés, ainsi que l'orientation vers les services publics et les mécanismes d'assistance disponibles.

Plusieurs institutions et partenaires ont participé à ce dispositif, notamment la Police nationale d'Haïti, la Croix-Rouge haïtienne, le ministère des Affaires étrangères et des Cultes, l'Institut du bien-être social et de recherches, l'Organisation internationale pour les migrations et le ministère de la Santé publique et de la Population.

Ces mesures témoignent de l'existence d'un mécanisme officiel d'accueil. Néanmoins, pour l'OCNH, les besoins des personnes renvoyées dépassent l'assistance immédiate fournie à leur arrivée et nécessitent une prise en charge adaptée à leur situation individuelle.

Une prise en charge psychologique et matérielle indispensable

L'OCNH souligne également les conséquences psychologiques et sociales auxquelles peuvent être confrontés les ressortissants renvoyés en Haïti.

Après une période de détention administrative, une séparation familiale ou un éloignement du pays dans lequel ils avaient établi leur vie, certains peuvent présenter des signes de détresse psychologique et avoir besoin d'un accompagnement spécialisé.

À ces difficultés peuvent s'ajouter des besoins élémentaires en vêtements, en produits d'hygiène, en soins médicaux et en ressources financières.

L'organisation appelle donc au renforcement de l'assistance médicale, psychosociale et matérielle, afin que les personnes concernées puissent retrouver leurs proches et amorcer leur réinsertion dans des conditions dignes.

Elle plaide également pour un renforcement des capacités de l'Office national de la migration, dont les moyens doivent permettre de répondre aux besoins immédiats des arrivants tout en facilitant leur orientation vers les services compétents.

Le principe de non-refoulement au cœur du débat

La demande de moratoire formulée par l'OCNH intervient dans un contexte où les obligations internationales de protection des personnes migrantes occupent une place centrale dans le débat sur les expulsions.

Le principe de non-refoulement, consacré notamment par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, interdit, dans les conditions prévues par le droit applicable, de renvoyer une personne vers un territoire où elle risque des persécutions. D'autres instruments internationaux prévoient également des protections contre le renvoi vers un pays où une personne risque notamment la torture.

L'application de ces protections dépend de la situation individuelle, des risques encourus et des obligations juridiques applicables aux autorités concernées.

Dans le cas d'Haïti, les préoccupations exprimées par les organisations de défense des droits humains portent notamment sur l'insécurité, les difficultés socio-économiques, les capacités limitées d'accueil et les risques auxquels certaines personnes peuvent être exposées après leur retour.

L'OCNH estime que ces circonstances justifient une réévaluation des opérations de renvoi et un renforcement des garanties procédurales et humanitaires.

Un appel aux autorités haïtiennes, américaines et aux partenaires internationaux

À travers sa note de plaidoyer, l'OCNH interpelle plusieurs acteurs.

Aux autorités américaines, elle demande de suspendre les renvois des personnes dont les procédures d'asile ne sont pas achevées, de garantir l'accès aux recours et de mettre en place des mécanismes assurant la restitution des documents personnels.

Au gouvernement haïtien, elle recommande de renforcer les capacités de l'ONM, d'adapter les aides au transport et de faciliter l'identification des ressortissants arrivant sans documents.

L'organisation invite également les agences des Nations unies et les partenaires internationaux à accroître leur soutien aux dispositifs d'accueil, notamment dans les domaines de la santé, de l'accompagnement psychologique, du transport et de la réinsertion.

Pour l'OCNH, les opérations de retour ne doivent pas être considérées comme achevées au moment où les personnes débarquent sur le territoire haïtien. Elles doivent s'accompagner de mesures permettant de protéger leurs droits fondamentaux et de répondre à leurs besoins immédiats.

Une question qui dépasse le seul cadre migratoire

La controverse autour des renvois de ressortissants haïtiens depuis les États-Unis met en évidence les difficultés auxquelles se heurte Haïti pour accueillir des personnes qui peuvent revenir sans ressources suffisantes, sans documents d'identité ou sans réseau familial capable de les soutenir.

Elle soulève également des questions sur la coordination entre les autorités des deux pays, le respect des garanties procédurales et la responsabilité des institutions chargées de l'accueil et de l'accompagnement.

En réclamant un moratoire humanitaire, l'OCNH demande que la protection des personnes et l'évaluation des risques occupent une place centrale dans les décisions de renvoi.

Reste à savoir si les autorités américaines donneront suite à cet appel et quelles mesures supplémentaires les autorités haïtiennes pourront mettre en œuvre pour améliorer les conditions d'accueil et de réinsertion.

Dans l'attente d'éventuelles décisions, l'organisation insiste sur la nécessité d'une réponse coordonnée, fondée sur le respect de la dignité humaine, les garanties juridiques et la protection des personnes vulnérables.

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