En Haïti, la carte d'identification nationale est un véritable parcours du combattant pour la population


Depuis juin 2020, sous le régime de Moïse Jouthe, un Décret Portant sur le Numéro d'Identification National Unique (NINU) et la Carte d'Identification Nationale Unique (CINU) a été adopté, invitant la population à se procurer une nouvelle carte d’identification, surnommée par certains "carte Dermalogue", dans les bureaux de l’Office National d’Identification (ONI).

Cette initiative, loin de faire l’unanimité, a immédiatement provoqué une vague de contestations à travers le pays. Tandis que les partisans du pouvoir y voyaient un progrès administratif, plusieurs acteurs de l’opposition, dont André Michel, Youri Latortue et d'autres personnalités politiques influentes,ont dénoncé une mesure arbitraire et politiquement motivée.

L’année 2020 a donc été marquée par une tension sociale croissante. Sur les ondes des principales stations de radio, les débats étaient vifs : les opposants accusaient le gouvernement d’avoir utilisé illégalement des fonds publics pour attribuer des contrats douteux liés à la production de ces cartes, en violation des règles établies par la loi.

Malgré ces critiques persistantes et les soupçons de corruption qui entouraient le processus, le Gouvernement est resté inflexible et a poursuivi la mise en œuvre de son projet. Progressivement, les voix de contestation se sont tues, comme si une résignation silencieuse s’était installée dans les médias et parmi la population.

Une épreuve quotidienne pour la population

Dès l’ouverture des bureaux de l’ONI, la population s’est retrouvée confrontée à une série de difficultés majeures. Dès l’aube, de longues files se forment devant les grilles. Les citoyens attendent pendant des heures, souvent sous le soleil ou la pluie, dans des conditions d’accueil indignes.

Les témoignages rapportent des abus de pouvoir répétés : certains agents de sécurité favorisent leurs proches au détriment de ceux qui attendent depuis 5 ou 6 heures du matin. Beaucoup de personnes rentrent chez elles après une journée entière d’attente, sans avoir pu accéder aux services.

Cette situation est inacceptable. Aujourd’hui, la carte Dermalogue est devenue un document incontournable. Sans elle, il est presque impossible d’effectuer les démarches les plus élémentaires : ouverture de compte bancaire, accès aux services publics, inscriptions scolaires, demandes administratives, etc.

Des mesures urgentes à prendre

Face à ce constat alarmant, il est impératif que des mesures concrètes soient prises pour alléger la souffrance des citoyens. Je recommande: 

1. L'ouverture de nouveaux bureaux ONI dans toutes les communes du pays, dans des lieux accessibles et sécurisés.

2. Un renforcement du personnel et une meilleure organisation pour limiter le favoritisme et réduire les temps d’attente.

3. La mise en place d’un délai raisonnable de délivrance, ne dépassant pas trois jours francs entre la demande et la remise effective de la carte.

La carte d'identification nationale est un outil fondamental dans le contexte socio-politique et administratif actuel. Son accès doit refléter son importance. Il est temps que l’État assume ses responsabilités et garantisse un service public digne, équitable et efficace.

Par: Me Jean Marie GAUDAR, Av

Principal FM

radioprincipalfm1@gmail.com

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1 Commentaires

  1. L'ONI n'est pas en mesure de desservir la population. Le service n'est pas accessible. Elle n'arrive pas à produire, reproduire une carte, même dûe à leur propre erreur matérielle. Donc, une bonne partie de la population reste exclue. Dans un tel cas, pourquoi ONI ? Ne faudrait-il pas retourner au NIF? ONI n'est-elle pas un fantôme ?

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