Un contrat d’armement d’environ 24 millions de dollars destiné à la Police nationale d’Haïti (PNH) suscite de sérieuses interrogations sur la gestion des fonds publics, les mécanismes de contrôle et la transparence des marchés de sécurité. Dans une enquête publiée le 17 octobre, le quotidien américain Miami Herald révèle que plus de 7 millions de dollars versés dans le cadre de cette opération n’ont pas été clairement retracés. L’affaire implique notamment Fencebridge Strategic Risk, une société fondée par Bryan Seaver, neveu de la chanteuse américaine Dolly Parton, et son ancien gestionnaire, Daniel Nozell.
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Selon l’enquête du Miami Herald, Fencebridge Strategic Risk a conclu, autour d’octobre 2025, un accord avec les autorités haïtiennes pour fournir des armes à feu et des munitions destinées aux forces de l’ordre. Le contrat, évalué à environ 24 millions de dollars, comprendrait près de 13 millions de dollars de munitions et 11 millions de dollars d’armes.
Cette acquisition intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement préoccupant, marqué par la progression des groupes armés, la multiplication des attaques et les difficultés opérationnelles de la Police nationale d’Haïti.
Alors que les forces de l’ordre ont un besoin urgent d’équipements pour combattre les gangs, les conditions entourant ce marché soulèvent des questions sur la sélection du fournisseur, les autorisations nécessaires à l’importation des armes et le suivi des sommes engagées par l’État haïtien.
D’après les informations rapportées par le journal américain, une partie des munitions a été acheminée en Haïti. Toutefois, la livraison demeure incomplète.
Plus de 7 millions de dollars dont la destination reste incertaine
L’un des principaux éléments de cette affaire concerne les transferts financiers effectués dans le cadre du contrat.
Des documents consultés par le Miami Herald font état de deux virements réalisés le 27 janvier 2026, d’un montant respectif d’environ 8,24 millions et 7,08 millions de dollars. Une intermédiaire, Ellie Soto, aurait confirmé avoir reçu ces sommes, pour un total déclaré de plus de 15,3 millions de dollars en provenance d’Haïti.
Selon Andrew Day, directeur des opérations de Fencebridge Strategic Risk, plus de 7 millions de dollars destinés à l’acquisition des équipements n’auraient pas été transférés à l’entreprise.
Les fonds auraient notamment transité par un mécanisme de séquestre géré par un avocat américain. Celui-ci a indiqué au Miami Herald avoir exécuté les instructions reçues, tout en refusant de fournir davantage de détails, invoquant le secret professionnel.
À ce stade, la destination finale de l’intégralité des sommes concernées n’a pas été clairement établie par l’enquête publiée. Les circonstances de ces transferts et les responsabilités éventuelles des différents intervenants nécessitent donc des éclaircissements.
Le neveu de Dolly Parton au centre de l’attention
Bryan Seaver, neveu de la célèbre chanteuse américaine Dolly Parton et ancien responsable de sa sécurité, dirige Fencebridge Strategic Risk. L’entreprise a été fondée en 2015 dans le Tennessee avec Daniel Nozell, qui a longtemps été le gestionnaire de l’artiste.
D’après le Miami Herald, la société a rencontré des difficultés pour obtenir les autorisations réglementaires américaines nécessaires à ses opérations d’exportation d’armes vers Haïti.
Mark E. Green, ancien représentant républicain du Tennessee et ex-président de la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants des États-Unis, serait ensuite intervenu pour aider l’entreprise à accéder à un réseau d’avocats et de contacts susceptibles de faciliter les démarches.
Green a reconnu avoir facturé ses services dans le cadre de cette intervention. Selon ses déclarations au journal, il aurait reçu 600 000 dollars sur une facture d’un peu plus d’un million de dollars.
L’ancien élu a toutefois nié avoir participé à la négociation du contrat d’armement lui-même.
De son côté, Bryan Seaver n’a pas répondu aux sollicitations du Miami Herald concernant cette enquête.
Il importe également de souligner que la présence du nom de Dolly Parton dans cette affaire tient aux liens familiaux et professionnels entre l’artiste, son ancien gestionnaire et Seaver. L’enquête ne permet pas d’établir que la chanteuse, décédée le 25 août 2026 selon les informations rapportées par la presse américaine, aurait participé à cette transaction ou en aurait eu connaissance.
Des interrogations sur les autorisations et le choix du fournisseur
L’enquête met également en lumière les conditions dans lesquelles le contrat a été attribué.
Fencebridge aurait dû s’appuyer sur d’autres intervenants pour surmonter les difficultés liées aux autorisations américaines nécessaires à l’exportation des équipements. Les règles applicables aux transferts d’armes vers Haïti imposent des contrôles spécifiques, même si des autorisations peuvent être accordées au cas par cas.
La question de la vérification préalable du fournisseur se pose également. Des interrogations subsistent sur l’expérience commerciale de l’entreprise, les modalités de sélection et le contrôle administratif et financier de l’opération.
Le Miami Herald rapporte que plusieurs responsables haïtiens sollicités pour commenter le contrat et les procédures de contrôle n’avaient pas répondu aux questions du journal au moment de la publication.
Le ministère haïtien chargé de la Justice et de la Sécurité publique, qui exerce la tutelle de la PNH, est notamment concerné par les questions relatives à la signature et à l’exécution de cet accord.
Toutefois, les informations publiées ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’existence d’une infraction pénale ou à attribuer une responsabilité définitive à une personne déterminée.
Une affaire qui interpelle sur la gestion des fonds publics
Au-delà des personnalités impliquées, cette affaire soulève une question fondamentale : comment garantir la transparence des dépenses publiques consacrées à la sécurité nationale, alors que la population haïtienne demeure confrontée à une crise sécuritaire majeure ?
Les achats d’armes et de munitions constituent des opérations sensibles qui exigent des procédures rigoureuses, une vérification approfondie des fournisseurs, des autorisations conformes aux réglementations applicables et un suivi précis des paiements comme des livraisons.
Dans le cas présent, les sommes évoquées, les retards de livraison et les incertitudes entourant la destination de plusieurs millions de dollars rendent indispensables des explications détaillées de la part des institutions concernées et des entreprises impliquées.
Un examen approfondi des documents contractuels, des autorisations d’exportation, des transferts bancaires et des procès-verbaux de réception permettrait notamment de déterminer si les obligations prévues ont été respectées.
Pour Haïti, où les moyens consacrés à la lutte contre les groupes armés sont particulièrement importants, la transparence de ce type de marché représente un enjeu majeur de confiance publique et de responsabilité institutionnelle.
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