L'évangile de la honte : quand la folie pastorale bascule la barbarie

L’église est, par essence, un sanctuaire de paix, de dignité et de recueillement. Pourtant, la scène ecclésiastique haïtienne vient de sombrer dans l'indécence la plus totale. En direct du haut de la chaire, le pays a assisté à un spectacle de pure dégradation humaine. En arrachant publiquement les vêtements d’un autre pasteur sous le prétexte fallacieux que ses habits noirs et mauves incarnaient le « Baron » du vaudou, le pasteur Armel Lafleur a franchi la ligne rouge. Cet acte n'est pas seulement un excès de zèle ; c’est le signal d'alarme d'un fanatisme religieux qui bascule désormais dans la violence physique et l'humiliation systématique.

Collage @


Au-delà de l'agression physique, ce scandale met à nu une inculture théologique effrayante. Associer deux couleurs à un culte local relève d'une ignorance historique profonde. Pour l’Église chrétienne universelle, le noir et le mauve symbolisent depuis des siècles le deuil, la repentance et la solennité. Qu'un leader spirituel y décèle une menace mystique immédiate trahit une paranoïa aiguë et une foi d'une fragilité déconcertante. À force de traquer le diable dans les fibres d’un tissu, ce prédicateur démontre qu'il est lui-même prisonnier de ses propres démons intérieurs : la peur et l'étroitesse d'esprit.

Cette agression repose sur un contresens biblique absolu. Réduire le combat spirituel à une guerre de garde-robe est une insulte aux textes sacrés. L’Évangile enseigne que la foi se mesure à l’amour, à la compassion et au respect de l'autre, jamais aux apparences. Prétendre qu’un tissu abrite une divinité vaudou relève du fétichisme le plus primaire. Ironie du sort : en agissant de la sorte, ce pasteur fait preuve d'un animisme radical, tout en prétendant prêcher le Christ. C’est de la superstition pure déguisée en doctrine.

Ce comportement sauvage expose le manque criant de formation intellectuelle chez certains dirigeants évangéliques. Faute de pouvoir élever l’esprit de leurs fidèles par une réflexion saine, ils choisissent de nourrir une psychose collective. On invente des complots mystiques et des ennemis imaginaires pour masquer une incapacité chronique à prêcher un message de paix et de lumière. Cette ignorance entretenue maintient le peuple dans un illettrisme religieux permanent, où la peur du diable remplace l'amour de la vérité.

Ce nouveau dérapage braque les projecteurs sur la dérive d’une partie du secteur évangélique, transformé par endroits en zone de non-droit. Sous couvert de la liberté de culte, certains pasteurs se croient investis d'un pouvoir divin qui les placerait au-dessus des lois de la République. Ils exploitent la détresse et la crédulité de leur public pour commettre des abus en toute liberté. L’impunité de ces chefs charismatiques n’est plus un simple débat de sacristie : c’est une menace directe pour l'ordre public, la sécurité et la morale nationale.

Devant une telle faillite morale, le silence et la neutralité deviennent de la complicité. L’Église ne peut pas être un territoire d’anarchie où la violence physique est légitimée par des visions moyenâgeuses. Si l’État haïtien continue de tolérer ces dérives autoritaires, il valide l'abrutissement de sa propre population. Les lois de la République s'appliquent à tous, sans exception, y compris derrière un micro pastoral. Protéger les citoyens contre la tyrannie de l'ignorance est un devoir national urgent. Il en va de la santé mentale de notre société et de l'avenir de notre dignité collective. 

Par : Max Wood Cangé

Principal FM

radioprincipalfm1@gmail.com

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne